Toute première fois : Sarkozy-Khadafi

En juin dernier, le journal Mediapart obtenait gain de cause dans l’affaire du financement obscur de la campagne 2007 de Sarkozy par Khadafi. La justice a rejeté une plainte de l’ancien président, qui remettait en cause l’authenticité de documents à charge reçus par le journal en 2012. En souvenir d’une romance de six ans qui prit fin dans le sang, retour sur les premiers regards échangés entre Nicolas et Mouammar.

 

Nous sommes en 2005. Chirac est président, Sarkozy gère l’Intérieur. Raffarin parle anglais, les banlieues brûlent, Crazy Frog tourne en boucle. Le premier flic de France fait le premier pas en choisissant le mois d’octobre pour son premier voyage officiel en Lybie. Sur place, il demande à Mouammar Khadafi un appui financier pour sa campagne présidentielle à venir.

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Ça matche plutôt bien, les deux hommes s’entourent de proches. Le businessman Ziad Takkiedine (marchand d’armes, négociateur en soum-soum pour la droite, au propre comme au figuré) et un autre petit couple : Claude Guéant et le chef des renseignements libyens, Abdallah Senoussi. Ce dernier venait d’être condamné par contumace à la prison à vie en France, pour son implication dans l’attentat du DC10 UTA en 1989 (170 tués).

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Guéant et Senoussi se rencontrent en secret, Sarkozy et Khadafi en tête à tête, parfois même sans interprète. Avec le recul, il y a peut-être plus qu’une visite de courtoisie. Le tour opérateur Takieddine, en bon commercial, laisse traîner ses oreilles. Il commence à se mettre à table le 13 mars 2014, au cours d’une audition avec les gendarmes de la section de recherche de Paris.

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L’homme d’affaires évoque, de manière détournée, la teneur des premiers émois Sarkozy-Khadafi. C’est lors d’un débriefing de la rencontre qu’il échange avec Senoussi sur les dépenses courantes de la politique française.

« À cette occasion, M. Senoussi m’a posé directement la question de savoir quel était le coût d’une campagne présidentielle en France. Je lui ai demandé pourquoi cette question (…) et il m’a répondu : “Ton ami a demandé une aide pour le financement de sa campagne au Leader” et M. Kadhafi voulait savoir combien cela pouvait lui coûter. »
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La réponse vient de Claude Guéant : 22 millions d’euros. Brice Hortefeux finalement entre dans la danse le 21 décembre 2005 avec une rencontre secrète à Tripoli, toujours avec Abdallah Senoussi. Takkiedine tient la chandelle, comme à son habitude.

Aux enquêteurs, Hortefeux dira ceci : « Je précise que ni avec Monsieur Senoussi ni avec aucun de mes interlocuteurs libyens il n’y a eu de négociations commerciales pour lesquelles, au demeurant, je n’étais pas compétent dans mes attributions ministérielles. » Sans pour autant détailler le contenu de ladite conversation.

Ah, aussi, d’autres documents sont récemment apparus. La justice a reçu, fin septembre, le carnet d’un ex-ministre de Khadafi, faisant état de plusieurs versements pour la campagne de 2007, dont un de 2,5 millions d’euros provenant de Senoussi. L’ex-ministre en question, Choukri Ghanem, ne peut confirmer. Son corps sans vie a été retrouvé en 2012 à Vienne, dans le Danube…
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Pour ceux qui veulent aller plus loin :

Campagne de Sarkozy en 2007 : le soupçon de financement libyen relancé, Johan Tilouine et Simon Piel, Le Monde

Sarkozy-Kadhafi : le tête-à-tête qui a tout changé, Fabrice Arfi et Karl Laske, Mediapart

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